Absences

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Absences-2
Sans titre, forêt de Nyungwe, 2013
Absences-3
Sans titre, forêt de Nyungwe, 2013
Absences-4
Sans titre, forêt de Nyungwe, 2013
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 « (…) Ce dont je me souviens c’est que je mangeais du sorgho. J’en mâchais les grains qui n’étaient pas mûrs et j’en avalais la sève. Ou bien je mangeais des goyaves, car c’était la saison. Et quand je sentais que j’allais mourir de faim, je me rendais chez des gens pour demander à manger. Je tentais ma chance, la nuit, chez des gens qui, je pensais, seraient miséricordieux, surtout ceux avec qui on avait l’habitude de prier. Par chance, tu tombais sur quelqu’un qui te donnait à manger. Par malheur, s’ils ne te tuaient pas, ils pouvaient te dénonçaient et le jour suivant on te cherchait (…) »

Mukantabana Marthe, cultivatrice

 

Absences-8
Sans titre, mémorial de Cyombe, 2013
Absences-6
Sans titre, forêt de Nyungwe, 2013
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Sans titre, Bisesero, 2013
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Sans titre, Bisesero, 2013
RWANDA
Sans titre, forêt primaire de Gishwati, 2013
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« (…) Ce qui s’est passé est comme un mystère. Vous vous imaginez des gens en train de tuer d’autres gens sans aucune raison? C’était une situation terrible, ça faisait peur, il y avait beaucoup de chagrin. Moi je croyais que c’était la fin du monde. C’est la force de Dieu qui m’a poussé à réagir et j’ai pris la décision de les cacher alors que s’ils nous attrapaient ils nous auraient tous tués. Mais Dieu ne l’a pas voulu. Pendant le génocide c’était devenu comme une chanson, on en parlait à la radio, on disait que le Tutsi est le seul ennemi des Hutu et que si on venait à attraper un Hutu qui a caché un Tutsi on devait les tuer tous les deux(…)»

Dusabimana Josephine, cultivatrice

 

Absences-11
Sans titre, forêt de Nyungwe, 2013
Absences-12
Sans titre, marais du Bugesera, 2013
Absences-13
Sans titre, mémorial de Ntarama, 2013
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« (…) Mes parents habitaient tout près d’ici. Ils avaient eu sept enfants. Tout le monde a été tué, je suis la seule survivante. Comme je suis restée seule, je n’ai pas eu la chance de terminer mes études. On vit avec les tueurs, car on n’a pas d’autre choix. Bien sûr, il est préférable de pardonner, mais uniquement à celui qui a demandé pardon après avoir avoué tout ce qu’il a fait et pourquoi il l’a fait. On peut alors pardonner, car le pardon est nécessaire dans la vie. Mais quand on a la malchance de revivre avec eux sans qu’ils aient révélé toute la vérité, qu’il existe encore quelque chose de caché, surtout quand il s’agit de savoir où se trouvent les corps des nôtres pour les enterrer, alors je dirais que c’est comme un chemin de croix, mais que l’on doit savoir endurer. On leur dit bonjour, certains répondent peut être de bon coeur, d’autres font semblant que ça va. On essaye de vivre ensemble. Il y en a qui nous font peur, car, au fond d’eux-mêmes, ils n’ont pas changé. S’ils ne peuvent rien faire contre nous actuellement, leur langage montre qu’ils sont toujours les mêmes. Ceux-là font peur. Au contraire, les jeunes qui sont nés après sont des humains comme les autres (…)»

Uwababyeyi Odette, cultivatrice