Olympe, 2015 - 2016 (work in progress)

À l’automne 2015, je voyageais dans le nord de la Grèce pour réaliser un projet sur le thème du paysage politique. Traversant la région du mont Olympe, je me suis souvenu d’une conversation que j’avais eue, quelques jours plus tôt, avec un ami grec de Thessalonique. Il m’avait parlé de la beauté et de la rudesse des paysages de ce territoire protégé.
 
Gravir l’Olympe. L'idée me vint et s'imposa telle une promesse. Le lendemain, j’entamais, sous une pluie fine, ma première ascension. Le massif était recouvert d’un épais brouillard. Je montais sans visibilité. Avec l’altitude, la pluie se transforma en neige. La pierre devint glissante. Finalement, j’arrivais au refuge situé en haut du plateau des Muses. Lorsque les nuages se dissipèrent, je découvris l’impressionnante théâtralité du site. Prolongé par la chaîne des aiguilles, face au trône de Zeus, le plateau est bordé de précipices offrant une vue sur l’ensemble du massif et la mer Égée. Les jours suivants, je commençais l’exploration de la montagne des Dieux. Je marchais, grimpais, descendais, tantôt sous les nuages, tantôt au-dessus. Les paysages changeaient avec les dénivelés : forêts de chênes, de sapins, parois pelées par le vent, sommets couverts par les premières neiges où tout se confond. Je contemplais l’infini et l’éternité face à face. Le spectacle était total. Rien, en bas, ne laissait présager de cette grandeur. Puis mon appareil tomba en panne et je redescendis vers la plaine.
 
Je rentrais transformé de ce premier séjour sur l’Olympe. Après m’y être longtemps confronté, j’avais soudain décidé de fuir la violence du monde et de gravir une montagne. Le rythme de la marche, l’altitude et le froid, la présence de la nature, ma présence dans la nature, la densité du minéral, avaient modifié mes états de conscience. La séparation entre le sujet et l’objet s’était progressivement effacée, laissant émerger un sentiment de fusion avec les éléments. Je renouvelai l’expérience à l’occasion d’autres séjours. L’Olympe était devenu le territoire d’une quête spirituelle et esthétique. Dans cet état extrême de présence au monde, j’ai réalisé des images qui s’apparentent à des visions oniriques ; leurs dimensions poétique et méditative en sont l’essence. Elles dialoguent avec la peinture abstraite (Rothko, Benrath, ...) et jouent, de manière assumée, avec les clichés du romantisme pour mieux en souligner l’échec, la perte définitive d’une certaine vision de la nature. Associant des éléments disparates, le sublime et le banal, l’intime et l’universel, le dedans et le dehors, ces photographies sont des sortes de contre-images médiatiques. Elles témoignent, en réponse à la violence du monde, d’un désir de l’habiter poétiquement.
 
Alexis Cordesse